Compte rendu de la corrida de Séville

Publié le par JA

Ponce illumine le cartel étoile de la Féria d’Avril.  

 

Le Maestro Enrique Ponce, tout juste tout juste auréolé d’un triomphe retentissant a éclairé de son génie une tarde obscure, lors de laquelle les aficionados espéraient un peu plus de jeu. Serait il acceptable ou plutôt nouveau de parler des qualités du diestro de Chiva ? A ce stade là non. Plutot faudrait il parler de son génie scientifique. Une science tauromachique, qui allie le courage, une technique exceptionnelle, et un sens artistique non des moindres.

Un torero d’Histoire, un torero que l’on gardera TOUS dans notre mémoire, car c’est une encyclopédie vivante et expérimentale de la science Torera, ou science taurine.

 

Cet après midi, un Pharaon était attentif, un Maître était studieux, et cette attention du Pharaon se portait sur Ce Maître. Que de contemplations, que d’admirations, que de respect. Le Pharaon de Camas, Curro Romero était venu profiter de cette œuvre. Comme un parfum, lorsque les premières senteurs s’étalèrent dans la majestueuse maestranza, le Pharaon s’avança, et put ressentir une sensation tant particulière qu’un sourire lui vint.

Oui, un sourire car l’œuvre magistrale que venait de débuter Ponce était signée sous ses yeux. Et pour émouvoir un tel artiste, il fallait que la senteur ne soit pas poivrée…

 

Certes, à la lecture du résultat, on pourra se demander pourquoi une telle prose, mais il ne faudrait pas oublier les conditions du toro. Valiente est sorti avec peu de forces, et au cheval il s’employa. Ensuite il tomba, et tout le monde demanda son changement … Tout le monde, sauf Un… Le Maestro Enrique Ponce qui avait vu le grand fond de noblesse du toro.

Le président sortit le mouchoir blanc et le tercio fut changé. A partir de ce moment là, un nouveau chapitre s’ouvrit, une nouvelle histoire débuta.

Les banderilleros de la Viña et Tejero banderillèrent avec beaucoup d’habileté, le dernier, templant même la douce embestida du Juan Pedro.

 

Après avoir brindé la faena au public, Le Maestro valencien déboucha le flacon. Mais de quelle manière … Il obligea petit à petit le toro, lui donna de la distance, et de l’air afin de respirer, de se reposer, et de reprendre les forces nécessaires. Sans jamais se mettre en valeur, et laissant toujours le toro se dévoiler et exposer son grand fond de noblesse, Enrique Ponce, offrit quelques séries de derechazos templadissimes, et reposés comme on le voit de plus en plus le donner.

On sent chez Ponce une tranquillité, une sérénité, qui lui permet de profiter, et de toréer pour se faire plaisir. C’est cette difficulté qui parait si facile chez Ponce qui est fascinante et passionnante. On ne peut pas dire que cette faena était extraordinaire du fait du peu de forces du bicho, mais de la manière dont Enrique Ponce a préservé les forces du toro et la fait rompre, je crois que c’est une œuvre majeure.

Les grands moments des tandas furent les changements de mains et trincherillas de gala. La longue et franche charge du Domecq se détacha sur le coté droite, mais fut plus réservée et violente à gauche.

De ce fait il revint conclure à droite, achevant ainsi un ballet alliant sentiment et courage. L’épée fut tombée, mais ce bajonazo n’empêcha pas l’oreille d’être délivrée.

 

Lors de son premier combat, le Valencien avait marqué les sévillans par une première tanda à droite parfaite, templée et suave. Malheureusement le trasteo alla a menos car le toro se réserva et son manque de force conditionna le travail de Ponce. Notons tout de même l’entrega du torero qui fut totale, tout comme sa concentration, ce dernier étant venu pour triompher et ouvrir la Grande Porte qui lui avait échappée il y a quelques jours.

 

L’entrega fut aussi un des grands points de Rivera Ordoñez, qui, lors de sa seconde sortie, reçut son toro, un sobrero Castaño ojo de perdiz bocidorado, par deux largas des rodillas et Banderilla. Le début fut propre avec la muleta, mais cette dernière ne prit jamais envol. De plus, le Rondeño échoua avec l’épée. Mais alors, l’entrega, n’aurait-elle pas due se porter sur la conclusion et non pas sur des détails ?

Devant son premier, un toro faible mais dont la charge était templée et douce, il fut sincère. Rapidement le toro s’arrêta et Rivera Ordoñez pincha à cinq reprises, avant de descabeller le Juan Pedro sans avoir plongé une seule lame…

 

El Cid fut mis en valeur lors de son premier combat. En effet, il toréa avec beaucoup de temple et de poder Violeta, un autre toro noble mais de peu de forces. Les séries qui suivirent furent intéressantes, surtout à droite, mais le torero de Salteras ne le sortit jamais de la querencia. Alors que, sous la porte des Princes, un nouveau triomphe commençait à prendre forme, Manuel Jesus El Cid pris la flanelle à gauche, et à partir de ce moment là la faena alla à menos.

Le toro possédait une charge plus violente, donnait des coups de têtes de ce coté et ne répétait pas, mais le précédent triomphateur de la féria de Séville s’obstina, et le public se refroidit.

Il tua d’une entière hasta la cinta, quasiment atravesada  et usa du descabello afin d’en terminer avec Violeta. Quelques mouchoirs vinrent flotter en ce sanctuaire de la tauromachie mais l’oreille ne fut bien sur pas accordée.  

 

Devant son dernier toro qu’il fallait préserver, il lui donna beaucoup de capotazos inutiles, et le toro s’arrêta rapidement. Ensuite suivit un arrimon inutile et qui n’est pas du goût des Sévillans comme un Sévillan devrait le savoir … Quelques sifflets retentirent et sur une note d’amertume se termina cette corrida.

Publié dans actualite-taurines

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